Prophecy – The Copycat — Chronique

TSUTSUI, Tetsuya; HOUJO, Hitomi; OBATA, Fumio (Funwari). Prophecy – The copycat. Paris : Ki-oon, 2014-2017.

Terminé. 3 tomes. Seinen

Depuis la délocalisation des entreprises et la fermeture des entreprises dépendantes des précédentes, la ville où habitent Sota, Takeru et Kyoko est devenue misérable et un repère de voyous. L’école où ils sont en terminale n’ayant pas une bonne réputation, leurs chances d’intégrer une bonne université sont minces. Le seul véritable moyen de partir de leur ville est d’avoir suffisamment d’argent. Kyoto et Takeru n’hésitent pas à exercer un métier vieux comme le monde afin de subvenir à leurs besoins présents et à venir, car pour elle et lui la violence, l’alcoolisme et les vols les touchent quotidiennement.

Après l’agression de Kyoko, les paroles du justicier Paperboy changent la façon de voir de Takeru et de Sota. Ils décident alors de suivre la voie de Paperboy et de devenir des imitateurs (copycat) ayant comme crédo « oeil pour oeil, dent pour dent ». Leur seul but : réunir des fonds pour faire payer ceux qui humilient la population. Ainsi tous sont producteurs et spectateurs…

*Au Québec, c’est l’équivalent du secondaire 5 ou de la première année de cégep

Trois ans après la sortie de Prophecy, Tsutsui coécrit le scénario de Prophecy – The Copycat en compagnie de Houjou. Ce nouveau triptyque se déroule en parallèle avec le premier, car Prophecy – The copycat commence alors que Paperboy exécute sa première annonce qui est celle du cafard frit. 

Il est facile de comparer Prophecy – The Copycat à Prophecy et c’est ce que je vais le faire, car je souhaite aborder l’oeuvre sous un angle que personne n’a traité soit la différence entre un cerveau adulte et un cerveau immature.

Pour commencer, comparons les deux oeuvres. 

Attention! La lecture de cet article pourrait divulgâcher votre expérience de lecture.

Les thèmes

Tsutsui a abordé dans Prophecy certains de ses thèmes préférés soit les nouvelles technologies, la vengeance et  l’injustice sociale. La violence présentée est suggérée et non explicitement dessinée comme dans Prophecy – The Copycat.

Dans Prophecy – The Copycat, bien que ces thèmes soient présents, le thème principal qu’est la vengeance est rapidement occulté par le désir des protagonistes de gagner de l’argent. Gagner de l’argent par sociofinancement afin de « punir » une personne pour ses actes. 

Le sociofinancement est couramment employé pour financer divers produits (jeux, livres, CD, etc.), mais financer une vengeance ou un meurtre, c’est inédit.

La technologie

La technologie est abordée dans la première trilogie. Les paperboys utilisent une clé de sécurité permettant de protéger leur navigation sur Internet, le piratage informatique et leurs connaissances afin de faire progresser l’histoire. 

Prophecy – The Copycat présente lui aussi  quelques éléments technologiques, mais ils sont principalement passés sous silence ou clairement arrangés avec le gars des vues! C’est précisément ce gars des vues qui plombe la trilogie. Besoin d’un pirate informatique? En voici un. Besoin de preuve que la police n’a pas? Revoici le pirate informatique! Besoin de coincer un violeur psychopathe? Pas de problème, les jeunes sont plus futés que la police… 

Les protagonistes

Dans Prophecy  on tarde à nous présenter les paperboys et leur histoire. Les protagonistes sont des adultes près de la trentaine, avec des emplois incertains, des conditions précaires et un passé trouble. C’est la mort de l’un de leurs amis combinée aux injustices vécues et au sentiment d’être des objets qui déclenche tout.

Dans Prophecy – The Copycat, on présente, dès le début, ces adulescents de 17 ans, défavorisés, vivant dans des familles dysfonctionnelles et qui désirent ardemment partir et se détacher au plus vite de leur ville. Le point commun avec la première trilogie, c’est que s’ils restent dans leur ville, le destin de ces adulescents ressemblera à celui des paperboys.

Assez comparé! Pas besoin d’aller plus loin pour dire que la seconde trilogie est moins bien bâtie et qu’elle se rapproche d’une imitation. Cependant, après avoir longuement réfléchi aux différences entre les deux trilogies et avoir lu récemment que la maturation du cerveau survient aux alentours de 25 ans, j’ai eu un déclic…

Prophecy – The Copycat  révèle des protagonistes jeunes et qui ont donc des cerveaux immatures. Et c’est sous cet angle que je poursuis. Si nous pensons à ce que font et comment sont les jeunes de 17 ans ou bien à ce que nous avons fait ou étions à 17 ans, alors la comparaison  entre les deux oeuvres que sont Prophecy – The Copycat et Prophecy se termine. Bien qu’elles abordent le même sujet, l’angle est différent et c’est ce qui différencie les deux trilogies. 

Dix-sept ans… l’âge de l’insouciance, des grands rêves, des premières amours, de l’invulnérabilité, etc. 

Le grand rêve de Takeru, Sota et Kyoko est celui de partir de leur ville. Mais afin de partir, ils devront agir comme des adultes et gagner de l’argent. Pour certains ce sera la prostitution, pour d’autres un petit boulot à l’épicerie du coin. 

Tous sont un peu insouciants et ils ne prennent pas au sérieux certaines parties de leur vie. Que ce soit l’école pour Takeru ou bien le harcèlement, le lynchage** ou le « flaming »*** pour Mamoru ou bien en ayant des relations à risques pour Kyoko et Takeru. Des comportements qui sont toujours d’actualité.

**Le lynchage a pour but de filmer et de partager avec la communauté la vidéo d’une personne qui sera humiliée, agressée et parfois abusée sexuellement.

*** La pratique du lance-flamme (flaming) consiste à écrire ou à s’échanger de courts messages d’insultes, très violents et vulgaires.

Les protagonistes veulent combler leurs désirs personnels tout en recherchant l’approbation de leurs aînés. Ces deux comportements sont bien illustrés dans l’oeuvre.

Tout au long de la série, les protagonistes seront victimes de leur cerveau immature. En effet, leur cerveau d’adolescent ne parvient pas à bien distinguer le danger. Ils ressentent alors un sentiment d’invulnérabilité qui fausse leurs capacités d’analyse et qui leur fait prendre de mauvaises décisions. 

Leurs décisions sont également faussées par la variation des hormones, de leurs compréhensions de leurs sentiments et de leurs désirs qui les mènent parfois à des sauts d’humeur, à avoir des humeurs plus tranchées, à être plus passionnés, plus violents, etc.

Quand Takeru entame la dernière sentence, à visage découvert, en direct, il annonce que tous ceux qui l’ont sociofinancé afin qu’il commette des crimes vont également payer. La liste des donateurs est publiée… Cette action montre que les donateurs insouciants, quel que soit leur âge, ont été trompés  par un adulescent.  

Lors du dénouement, on nous révèle les rêves de grandes amours entre les trois protagonistes et principalement celui de Takeru. Takeru, jaloux de Kyoko, est amoureux de Sota, mais Sota, lui, est amoureux de Kyoko. 

Les toutes dernières pages se déroulent trois ans après le dénouement et elles relancent un nouveau cycle de la violence. Peur, colère, haine, vengeance, atrocité, peur …

Conclusion

Alors que la première série présente clairement des décisions d’adultes, que ce soit la prise de risque, la limite de leurs capacités ou même celle du meurtre, Prophecy – The Copycat s’attarde au raisonnement différent des cerveaux des adulescents.

Bien que certaines parties de l’histoire apparaissent boiteuses, la lecture de Prophecy – The Copycat, sous l’angle des décisions prises par des adulescents et non des adultes demeure captivante.

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