L’ombre de la baleine — Chronique

Grebe, Camilla. L’ombre de la baleine. Paris : Calmann-Lévy, 2019. 450 p.

J’ai pris l’habitude de consulter relativement fréquemment pretnumérique.ca afin de connaître les derniers titres numériques et audio acquis par ma bibliothèque. C’est au cours d’une de ces veilles que j’ai placé L’ombre de la baleine dans ma liste des possibles. Vers la mi-mai, j’ai commencé l’écoute de ce roman de Camilla Grebe qui m’a permis de m’évader dans l’archipel de Stockholm.

Résumé

Lorsque Pernilla jette à la poubelle la drogue de son fils Samuel, ce dernier doit alors partir et se cacher le temps que l’histoire  passe, car la drogue que Pernilla a jeté était en fait des échantillons confiés à Samuel par le baron de la drogue de Stockholm. Devant se cacher, Samuel se retrouve sur l’île de Marholmen où il trouve un emploi comme auxiliaire auprès de Jonas, un jeune homme dans le coma.

Lorsqu’un premier cadavre est retrouvé près des côtes de Stockholm, l’inspectrice Malin et son supérieur Manfred sont mandatés afin d’enquêter sur ce mystère.  Malheureusement, l’enquête se complique quand d’autres cadavres sont découverts…

Thématiques

Dans ce troisième tome de sa série Peter, Anne et Malin, (chaque tome peut être lu indépendamment. Les personnages principaux reviennent), Camilla Grebe aborde trois grands thèmes qui portent le roman de bien des façons. Néanmoins, le grand thème est la filiation. À partir de là découle les deux autres soit, celui de la dépendance et celui de la religion.

Filiation

Dès les premières pages, il est question de filiation. Tout au long du roman le lecteur rencontre de nombreux binômes. Que ce soit par l’accident de la fille de l’inspecteur Manfred et de sa compagne Afsaneh qui vient s’ajouter à l’intrigue ou bien par l’appréhension de Malin vis-à-vis de sa mère, Camilla Grebe traite des rapports parent-enfant en faisant s’entrecroiser les histoires familiales avec celle de l’intrique principale. Les relations entre Manfred et Afsaneh, Pernilla et Samuel, Rachel et Jonas et finalement Malin et sa mère permettent à Camilla Grebe d’aborder les difficultés à être parent tout en tissant la trame de son œuvre afin que cette dernière devienne plus tendue et développe des retournements de situations inattendus.

À ce thème filial fort, l’auteure vient ajouter d’autres types de liens entre les personnages du récit. Le premier type abordé est celui des liens sentimentaux (amical et amoureux) existant entre Samuel et ses amis. Ces liens viennent montrer des fragilités que traversent certains jeunes durant leur adolescence.

La relation mère-fils entre Samuel et Pernilla, permet à Camilla Grebe d’approfondir et de mieux découvrir le passé de Pernilla. Cette relation permet de dévoiler les liens qu’elle entretient avec son père et les liens de fraternité qu’elle s’est tissés par son appartenance à une communauté religieuse.

Religion

La religion occupe une place importante dans ce roman. Que ce soit par les prénoms des personnages, leurs occupations ou bien grâces aux citations bibliques dissimulées un peu partout dans le roman.

Rachel est, dans la Bible, l’une des épouses de Jacob et la mère des 12 fils fondateurs des tribus d’Israël. Dans L’ombre de la baleine, elle est la mère éprouvée par l’accident de son fils Jonas.

Jonas est, dans la Bible, le prophète jeté du bateau et avalé par un énorme poisson ou baleine.  Dans l’histoire de Camilla Grebe, Jonas fait également référence à Gepetto qui lui aussi se retrouve dans une baleine durant les aventures de Pinocchio. Dans ces deux récits, Jonas et Gepetto sont prisonniers de la baleine. Dans L’ombre de la baleine, Camilla Grebe établit une allégorie avec ces deux récits. La baleine représente la condition inerte du corps du fils de Rachel, alors que Jonas représente tous ceux, comme Samuel, qui ont été enfermés dans leur corps.

Samuel est, dans la Bible, le prophète, descendant de la tribu de Lévi (fils de Rachel et de Jacob), qui désigne les deux premiers rois Hébreux, Saül et David. Dans L’ombre de la baleine, Samuel est un jeune homme qui s’attire des ennuis en fréquentant de mauvaises personnes. Heureusement pour lui, Pernilla, sa mère, l’aime infiniment.

Pernilla n’a pas de relation entre son nom et la Bible, mais c’est un personnage très dévot. Depuis qu’elle est toute petite, elle vit entourée et parfois même emprisonnée par la religion. Son père l’élève, seul, en suivant une éducation religieuse rigoureuse, mais la mort de son père lui permettra de découvrir le secret hypocrite de ce dernier et les agissements sournois de l’autre pasteur qui souhaite la prendre sous son aile ou plutôt sous sa couette… Les agissements de ce dernier amorcent un changement en Pernilla. Désormais, elle ne se laissera plus dominer sans réfléchir. Il est temps pour elle de faire ce qui lui semble bon afin de tenter de faire rentrer son fils Samuel dans le droit chemin.

La dépendance

Dès que l’on entend le mot « addiction », notre esprit pense directement à « drogue » et il en sera question dans L’ombre de la baleine de Camilla Grebe, mais elle parlera également d’une autre dépendance.

La dépendance que présentent les drogues n’est pas illustrée ni réellement mise en évidence dans l’oeuvre, mais il en est question dans l’histoire de Samuel. Alors qu’il s’ennuyait, il a commencé par commettre des vols dans des grandes chaînes commerciales, puis il a pris un « emploi » comme vendeur de drogue pour Igor. Un jour, Pernilla trouve et jette à la poubelle une importante quantité de drogue confiée par Igor à Samuel. Étant dans une situation fâcheuse, Samuel devra s’enfuir et se cacher le temps que le danger passe. En arrivant chez Rachel, il découvre de la morphine ou un autre opiacé et il décide de prendre quelques fioles et de remplacer le contenu de d’autres. Heureusement pour lui, cette décision lui sauvera la vie. Je vous laisse découvrir comment.

 Après avoir suivi la piste de la drogue, les inspecteurs Malin et Manfred exploreront une autre piste en consultant Hanne, une psychologue retraitée victime d’un début d’Alzheimer, la dépendance aux réseaux sociaux. Elle explique aux enquêteurs que les réseaux sociaux apportent une nouvelle dépendance en déclenchant le mécanisme de récompense lorsqu’on obtient des « Like ». Elle communiquera à Malin et Manfred que le bonheur des autres attire peu de « Like », mais que leurs malheurs en sont une source inépuisable.

Au fil de leurs recherches, les inspecteurs se pencheront sur le passé d’un personnage insoupçonné. Ils découvriront qu’il possède un blogue populaire qui traite de ce qu’il vit et que ce dernier est populaire.

Les rapports entretenus sur les réseaux sociaux ont modifié les rapports humains qui ont changé et pas forcément pour le mieux. Camilla Grebe en profite pour dénoncer ces comportements dans l’œuvre et en faire un mobile du crime des plus inédits.

« Nous vivons à travers une lentille d’appareil photo, il y’a toujours une couche entre l’individu et la réalité. »

Style

Camilla Grebe utilise une narration à trois voix afin de raconter le récit. Ces trois voix sont celles de l’enquêteur Manfred, de Samuel et de sa mère Pernilla. En utilisant cette méthode, le début de l’histoire se déroule plutôt lentement, mais le rythme s’accélère rapidement dès que les personnages sont connus. Cette méthode permet à l’auteure de brouiller les pistes menant au tueur et ce faisant, elle crée de multiples rebondissements dans l’histoire au fur et à mesure que les cadavres sont découverts. Au fil des rebondissements, Camilla Grebe introduit de nombreuses références bibliques et certaines fêtes locales, dont celle de la Saint-Jean.

En plus de ces éléments, l’auteure vient construire une psychologie différente pour chacun de ses personnages. Cette différence donne une personnalité à laquelle le lecteur s’attache et peut s’identifier grâce à leurs forces ou leurs faiblesses.

Toutes ces références et tout l’aspect psychologique entourant ses personnages viennent créer un polar qui tient le lecteur en haleine tout au long des pages.

Conclusion

J’ai apprécié l’écoute de L’ombre de la baleine, la référence aux passages bibliques et découvrir leur signification. J’ai également embarqué dans le jeu afin de trouver la signification du mystérieux poème présent dans l’œuvre.

« Une mer de larmes je pleurai
Et me couchai pour mourir
Sur l’herbe tendre de la tristesse
Soudain revint le lion
Portant entre ses crocs
Une colombe immaculée »

Je termine cette chronique en vous proposant une entrevue de Camilla Grebe qui présente son œuvre dans une vidéo sous-titrée française.

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