Premières lignes : Hikikomori

Chères lecteurs et lectrices aimant la lecture,

Cette semaine, j’ai commencé le roman Hikikomori de Josée Marcotte publié par L’instant même.

Le rendez-vous hebdomadaire Premières lignes a été créé par Ma lecturothèque  et il vise à faire découvrir un livre au travers de ses premières lignes. Je vise à vous faire découvrir mes nouvelles lectures au travers de ses premières lignes et de sa 4e de couverture.

N’hésitez pas à me faire part de vos réflexions ou à inscrire en commentaire le lien de votre rendez-vous.

4e de couverture

« Pourquoi rester dans ta chambre ?… Si j’avais un avenir, je serais la première à
le savoir… Tu pourrais travailler à temps partiel. Tu ne sers à rien. Rien ne sert
à rien… Je devrais faire quelque chose, comme aller à l’université… Pourquoi ?…
Je pourrais jouer. Pourquoi sortir ? Je suis vide… Tu es vide et c’est mieux de rester
ici pour remplir le vide, si tu sors, le vide va grossir, grossir et grossir. Le monde en
trois dimensions n’est pas pour toi… Le monde en trois dimensions n’est pas pour
moi… Viens jouer… Je vais jouer…


Ces jeunes adultes qui vivent en marge, reclus dans l’univers des jeux vidéo et
d’Internet, sont les héros de multiples fins du monde. L’écran est l’unique fenêtre sur
la vie. Mais dans la réalité, tous ne survivent pas. Marie s’envole pour Tokyo avec
l’espoir de se rapprocher du lieu d’origine de ce mal-être social qu’est l’hikikomori et
dont souffrait son frère jumeau Marc. Elle cherche les gamers qui l’ont côtoyé le jour
de sa mort, lit le Dit des Heiké et noue des liens d’amitié avec Kengo, Mei et Azumi,
sous le signe de l’éphémère et de l’imminence de l’apocalypse prophétisée par le
calendrier maya. En soixante et un épisodes brefs, la fiction s’échelonne sur différents
niveaux, comme dans un jeu, entre le récit de voyage et la chronique, l’aventure
amoureuse et le portrait, la quête de vérité et le retour à la vie en société. »

Premières lignes

Ma nuit est longue de rêves éveillés qui retardent
ma chute. J’ai regardé Lost in translation de
Coppola-fille pour la vingtième ou la vingt-cinquième
fois, je ne compte plus. Je ne sais toujours pas ce que Scarlett
et Bill peuvent bien se dire à la fin du film. Ils se penchent, se
frôlent, se parlent, mais on n’entend rien. Même en activant les
sous-titres, rien n’apparaît à l’écran. On dirait chaque fois qu’ils
se disent quelque chose de différent, et ça m’agace. Quelles
phrases ? Quels mots ? La nuit est longue, mes hypothèses
encore plus. Les images et les scènes défilent et s’effilochent en
accéléré, sous mes paupières embrumées, et en dehors, partout,
les sons flous, la fuite, les couleurs des questions, le rouge sans
temps mort.


J’ai préparé avec soin mes bagages, vérifiant, contrevérifiant,
farfouillant, déballant, éparpillant puis réenfournant
tout dans mon sac, la liste des choses à emporter déjà cochée
plusieurs fois en main pour ne rien laisser au hasard. La liste
chiffonnée dort au fond de la corbeille, et moi je n’arrive pas à
fermer l’ oeil dans mon lit. Je ne pourrais pas dire que le soleil
commence à insérer un nez timide entre les lamelles de bambous
à ma fenêtre, car il s’agit d’un cliché incohérent. Personnifier
le soleil, le doter d’une tête et d’un corps mouvant, alors que
c’est moi qui vais vers lui. Japon, en japonais Nihon, signifie
« lieu d’origine du soleil ». Ma destination.

Techniquement, je ne suis pas réveillée, puisque je n’ai
pas dormi. La tête embrouillée, j’excuse mon tempérament
nerveux en transformant mon angoisse en impatience. Tu as
juste très hâte, tu vas voir, tout va bien se passer. En réalité,
je ne sais pas si je suis prête ou non. Le corps engourdi par le
manque de repos, il me semble que peu importe ce que je vais
emporter, acheter ou tout simplement fourrer dans mon sac à
dos, il me manquera perpétuellement quelque chose. Ou plutôt
quelqu’un : mon frère. Mon fantôme de frère. Et son ombre me
suivra partout. Mais c’est pour lui que je pars. Je dois me le
rappeler. Je veux des réponses claires, qui me permettront de
gouverner ce que je ressens, et ces réponses se trouvent ailleurs.
Du moins, c’est ce que je crois. On croit toujours si bien savoir
ou ne pas savoir les choses.

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4 commentaires sur « Premières lignes : Hikikomori »

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