Sharko — Chronique

Thilliez, Franck. Sharko. Paris: Pocket, 2018. 624 p.

Après l’écoute de L’ombre de la baleine, j’ai choisi de lire Sharko de Franck Thilliez. Comme certains le savent (C’est lundi! Que lisez-vous? 2021-06-28), j’ai eu des doutes concernant ce titre après une bonne demi-heure, voire une heure d’écoute. Je me suis dit : « Est-ce que je l’ai déjà lu? Il me semble que ça me dit quelque chose… J’ai une impression de déjà vu ». J’ai alors consulté les archives des lectures que j’ai faites par les années passées et j’ai constaté que je n’avais aucun souvenir de cette écoute de 2018… Avec une telle thématique, j’espère m’en souvenir! Voici une chronique musclée sur Sharko!

Sharko est le 10e tome de la série Sharko et Henebelle et le récit se déroule deux ans après Pandemia, soit en septembre 2015.

Attention! La lecture de cet article pourrait divulgâcher votre expérience de lecture de ce livre sanglant.

Résumé

L’histoire commence par un retour en arrière de six mois quand un plongeur-soigneur se coupe volontairement la main dans un aquarium rempli de squales (requins).

Puis, nous arrivons en septembre 2015. Alors que l’équipe termine une enquête particulièrement difficile, Lucie Henebelle va voir l’une de ses tantes qui a perdu son mari un peu plus tôt cette année-là. Cette dernière confie à Lucie les soupçons et l’enquête informelle que menait son mari, ancien enquêteur, sur la disparition de Laetitia Charlent.

En lisant le dossier de son oncle, Lucie décide d’aller fouiner chez le principal suspect, Julien Ramirez. La maison où il habite est en apparence vide, alors Lucie y pénètre. Se rendant au sous-sol, Lucie se fait surprendre par Julien Ramirez qui attaque l’intruse. Lucie sort son pistolet et tire à bout portant.

En état de choc, Lucie appelle Franck Sharko, son mari. En bon policier de la criminelle et en bon mari, Sharko arrive et il prend les choses en mains. Il renvoie Lucie à la maison et il entreprend de nettoyer et de mettre en scène le lieu du crime. Afin de classer l’affaire sans se faire prendre, le mieux est de s’organiser afin que le 36 quai des Orfèvres, où Lucie et lui travaillent, récupère l’affaire. Exploitant toutes les pistes possibles, l’équipe plongera dans le monde glauque et sanglant des « vampyres » qui ont soif d’argent.

L’auteur

Franck Thilliez est un auteur français originaire d’Annecy. Il a fait des études afin de travailler comme ingénieur en informatique, sa vocation prendra une autre tournure lors de la parution de son troisième roman, La chambre des morts.

Après le roman Conscience animale, Franck Thilliez crée Franck Sharko pour Train d’enfer et Ange rouge. Cette fois-ci, Thilliez plonge Sharko dans une enquête qui fera ressurgir son passé. Cependant, ce n’est que lors de la parution de La chambre des morts, où Thilliez introduit Lucie Henebelle, que sa carrière en tant qu’écrivain prend son envol.

Franck Sharko et Lucie Henebelle ont eu droit à deux livres chacun avant que le duo Sharko-Henebelle ne se forme dans le roman Le syndrome E. Depuis, le duo d’enquêteurs a été mis en vedette dans six autres romans dont Sharko.

Thématiques

Dans Sharko, Franck Thilliez reprend des thèmes qu’il a précédemment abordés dans certains de ses autres livres. À la torture, la barbarie et au sadisme, qu’il a déjà abordés dans d’autres romans, il vient également traiter du bioart (peinture ou voir Art Oriente Object) et un peu de balistique. Saviez-vous qu’il existe des munitions dites écologiques? Je sais, munition et écologie dans la même phrase ça sonne étrange.

Néanmoins, les thèmes forts du roman sont ceux du sang, des maladies sanguines et des vampires.

Secte

Dès le début, l’auteur parle de sanguinolents, mais tout au long du roman l’auteur fait un petit détour par les sectes. Lors de l’enquête, les policiers découvrent l’existence d’une organisation qui boit ou s’injecte du sang, qui pratique une forme de sadomasochisme extrême tout en pratiquant la sorcellerie et vouant un culte satanique. Dans la culture populaire, ce sont des « vampyres » avec un « y ».

« Ces vampyres là fonctionnent en meute, comme les loups, et sont soumis à un chef. Des loups parmi les hommes, capables de se fondre dans la masse, d’être invisibles. C’est là leur force. Ce sont des prédateurs. Oui, de vrais prédateurs, au sommet de la chaîne alimentaire. Des hommes au-dessus des hommes et des lois. »

Thilliez, Franck. Sharko. Paris: Pocket, 2

La secte ou le clan dirigé, entre autres, par Julien Ramirez comporte 13 membres et vise à injecter dans le système du don du sang une étrange maladie à prion.

Sang

Franck Thilliez fait le lien entre le titre du livre tout en annonçant au lecteur, dès le prologue, le thème principal du livre, le sang.

« L’homme avait trouvé son maître sur l’échelle des prédateurs : le requin, fruit de millions d’années du travail de la nature, remarquable conclusion d’une évolution sans faille. Une machine aux multiples rangées de dents, à la silhouette aérodynamique parfaite, capable de sentir une goutte de sang diluée dans une piscine olympique. Un générateur de peur ».

Thilliez, Franck. Sharko. Paris: Pocket, 2

Dès le début du roman, Henebelle est éclaboussé par ce liquide vital lors de sa confrontation avec Julien Ramirez. Cette confrontation mène Sharko à maquiller le crime afin de faire classer au plus vite la mort de Ramirez. Cependant, l’équipe creuse infatigablement et elle y trouve la noirceur de l’âme humaine et tout un pan de l’histoire.

Il traitera d’un de l’histoire de la Nouvelle-Guinée (j’en parle sous la thématique des maladies), de la déportation d’enfants réunionnais (Enfants de la Creuse) afin de repeupler les départements aux prises avec l’exode rural et de l’histoire du circuit du sang.

Après le scandale sanitaire du sang contaminé durant les années 80,  le circuit du sang a changé pour le mieux. Synonyme de vie, de mort ou de maladie, le sang est le précieux liquide rouge qui transporte les nutriments et nourrit l’organisme. Cependant, s’il en manque dans le corps ou si une maladie doit être traitée, le don de sang d’une autre personne peut sauver.

Les banques de sang qui existent partout dans le monde sont alimentées par le don fait par de généreux donateurs. Chacun de ces donateurs a un profil hématologique particulier. Ainsi, le groupe sanguin (A, B, AB, O et les autres sangs rares (plusieurs Réunionnais ont un sang rare)), le rhésus (positif, négatif) et d’autres facteurs viennent jouer sur la compatibilité d’une transfusion.

Franck Thilliez en profite pour dénoncer le business du sang et informer les lecteurs sur l’utilisation du sang pour la préparation de médicaments qui permettront, à leur tour, de traiter des maladies du sang.

Maladies

Dans Sharko, Franck Thilliez parle principalement de trois maladies.

Attention âmes sensibles! La première et la seconde maladie traitera de prion, d’anthropophagisme et de vampirisme, le vrai. Les vampires de fiction, c’est le prochain thème.

La première, le koroba, vient intégrer un moment méconnu de l’histoire de la Nouvelle-Guinée soit celui de la découverte d’une nouvelle maladie à prion (comme la maladie de Creutzfeld-Jakob ou maladie de la vache folle ou encéphalite spongiforme bovine). Dans son roman, Franck Thilliez décrit une maladie imaginaire, le koroba. Néanmoins, une maladie identique existe bel et bien. Reprenant tous les aspects du koroba, le Kuru est une maladie à prion découverte vers 1920. Originaire de Nouvelle-Guinée, elle se transmet lors de rite funéraire anthropophage.

La seconde est le vampirisme et le syndrome de Renfield. Dans le roman, les deux maladies se confondent et les membres du clan de Julien Ramirez ont ce type de pratique. Julien Ramirez a traversé les quatre stades de la maladie de Renfield. (Excitation à boire son sang, auto-vampirisme, zoophagie, vampirisme clinique).

La troisième maladie que l’auteur nous décrit est la porphyrie. Cette maladie sanguine est héréditaire ou causée par une intoxication aux métaux lourds. Du point de vue médical, cette maladie affecte la production d’une enzyme qui utilise la porphyrine. Ne pouvant disparaître sans ces enzymes, la porphyrine s’accumule dans le corps du malade et crée diverses conséquences. Le type de maladie et les symptômes de la maladie peuvent se manifester sous de nombreuses variantes :

  • une hypersensibilité aux rayons UV pouvant causer des plaies;
  • le déchaussement des dents (dents manquantes ou qui semblent plus longues);
  • une hypertrichose (développement exagéré des poils);
  • la déformation du visage, des mains, des orteils, etc.;
  • un teint pâle (anémie);
  • une allergie à l’allicine (eh oui, l’ail!).

Bref, j’exagère, mais vous commencerez à fuir le soleil et l’ail, à boire du sang (c’était un traitement contre l’anémie) et à avoir une apparence semblable à Nosferatu.

En 1985, le biochimiste David Dolphin est sévèrement critiqué pour avoir émis l’hypothèse que la porphyrie pourrait avoir contribué à la légende du vampire. Cependant, en considérant les symptômes de cette maladie, on se dit que ce n’est pas si farfelu que ça.

Vampires

Commençons par une petite définition du mot vampire. Un vampire est un être surnaturel mort-vivant qui se nourrit de sang à la nuit tombée. La ponction effectuée par les canines du vampire permet de sucer la force vitale de sa victime et ainsi de rester à l’abri du temps (immortel, regain de jeunesse). Il doit impérativement revenir à son cercueil avant le lever du jour. D’autres caractéristiques et faiblesses peuvent s’ajouter en fonction de l’origine plutôt universelle du mythe.

Vampire, mais d’où vient ce mot?

Bien que non daté, le terme vampir pourrait venir du vieux polonais ou bien de la langue albanaise où les dhempir sont les « buveurs par les dents » que l’on retrouve dans les autres cultures.

Selon les sources, le terme écrit pourrait remonter jusqu’au 9e siècle et bien avant dans la tradition vocale. Vers le 9e siècle, le terme oupyri apparaît dans un traité anti-païen de Saint-Grégoire. Le mot oupyri ou de nos jours oupyr désigne, dans la mythologie slave, un mort-vivant, parfois sorcier, qui provoque la mort d’humains en suçant leur sang ou en les dévorant. Originaire d’Ukraine et de Russie, la mythologie des oupyr mentionne que pour les tuer, il faut leur planter un pieu dans le corps ou les brûler. Plusieurs termes semblables apparaissent dans les langues slaves : upir (Croate, Tchèque, Slovaque), vâpir (Bulgare), upirina (Croate), oupyr (Ukrainien, Russe, Biélorusse), etc.

D’origine serbo-croate le terme vampir est apparu dans la langue allemande au cours du 18e siècle. Puis, il a été repris en français en vampyre avant de voir sa forme transformée en vampire au 18e siècle. Quant au terme vampire en anglais, il découle du terme français.

En anglais, il existe une expression découlant du mot vampire, to vamp. To vamp signifie simplement séduire. Or, la séduction est l’affaire de l’un des deux types modernes de vampire. Dans le roman, Franck Thilliez explique les deux types de vampires. Le vampire élégant et le vampire monstrueux.

Le vampire élégant ou vampire séducteur est un être blême à l’apparence soignée, mais tout de même inquiétant. Il a été popularisé par le théâtre et le cinéma qui ont enjolivé le vampire afin de rendre séduisant (to vamp) le vampire popularisé par Bram Stoker et son œuvre Dracula. L’apparition du premier vampire élégant remonte au film Dracula avec Bela Lugosi. Puis, plus récemment, le vampire élégant a été vu dans Twilight.

Dracula interprété par Bela Lugosi en 1931

C’est également au cinéma que l’on doit l’autre genre de vampire, le vampire monstrueux. Un être repoussant, voire même déformé, en quête de sang. Adapté en 1921 du livre Dracula, le film Drakula halàla présente un Dracula qui a une apparence plutôt singulière. Puis en 1922, Murnau tente de contourner les droits d’auteurs de Dracula et change bien des éléments dans son film Nosferatu. Là encore, le vampire est plutôt sinistre. Certains voient un rapprochement à faire entre Dracula et Vlad Tepes III.

(Nosferatu, eine Symphonie des Grauens, F. W. Murnau, Germany 1922, 81 min., 16mm)

Fils de Vlad II Basarab (dit Vlad dracul, car Vlad II était un dragon de l’armée (combattant à pied se déplaçant à cheval)), Vlad III Basarab ou dit Vlad Tepes (l’empaleur) ou dit Vlad Draculescu (Draculescu signifie fils du dragon) est un prince de Valachie ayant vécu entre 1431 et 1476. Selon les légendes qui se sont rendues jusqu’à nous, Vlad l’empaleur a eu un règne mouvementé. Lors d’une guerre contre les Ottomans, Vlad III aurait ordonné de faire empaler des centaines de soldats Ottomans. L’exécution des ordres aurait pris des heures et Vlad Tepes aurait dîné devant la forêt de pals.

 Vlad Țepeș en « vampire sanguinaire se repaissant de chair humaine et buvant du sang, attablé devant une forêt de pals

Bref, que ce soit les vampires monstrueux ou les vampires élégants, ces suceurs de sang n’ont pas fini de faire parler d’eux.

Style

Dans ce roman, Franck Thilliez utilise une narration à plusieurs voix. Les principales voix suivies sont celles de Franck Sharko, Lucie Henebelle et Nicolas Bellanger. Ces personnages touchants et attachants nous permettront de bien suivre l’intrigue en partageant à leurs collègues les dernières avancées de l’enquête. De ce fait, le lecteur sait continuellement où en est rendue l’enquête.

Pour Sharko, Franck Thilliez introduit directement le meurtrier, mais le chemin qu’il fait emprunter à ses personnages leur fait vivre beaucoup d’émotions fortes. Au travers de l’univers palpitant qu’il a créé, l’auteur vulgarise énormément d’informations afin que son public en ressorte grandi. Parmi les éléments qu’il vulgarise, il y a la balistique, le bioart, le circuit du sang, les maladies, l’histoire, etc.

Dans cette enquête gore, sombre et sanglante, il utilise encore une affaire sanitaire comme dans Le syndrome E, Gataca ou Pandemia, afin d’ancrer un mobile très actuel, l’appât du gain. Ce mobile parfaitement ficelé apporte au roman un contraste fort entre l’obscurité et le réalisme de l’enquête.

Le réalisme que Franck Thilliez s’est efforcé de mettre en place donne vie à cette œuvre qui ne cesse de rebondir au fur et à mesure que les nombreuses ramifications addictives nous coupent le souffle et nous incitent à plonger toujours plus dans l’intrigue.

Conclusion

Encore une fois Franck Thilliez frappe fort avec ce roman scientifique à suspense!

J’ai passé un excellent moment à écouter ce livre et je suis rapidement embarqué dans cette intrigue sombre et sanglante. Bien que je n’aie pas de top 3 ou 5 de la série Henebelle et Sharko, Sharko se classe facilement parmi les meilleurs romans de Franck Thilliez.

Au moment d’écrire ces lignes, j’ai passé de nombreuses heures à rédiger cet article et à écouter Luca, le roman suivant de la série. Je dois dire que j’ai préféré, et de loin, Sharko.

Tout comme Sharko et Henebelle, vous serez informé sur tout ce que vous souhaitez savoir ou non sur le sang.

« Sharko comparait toujours les premiers jours d’une enquête à une partie de chasse. Ils étaient la meute de chiens stimulés par les cors, qui s’élancent à la poursuite du gibier. À la différence près que, cette fois, le gibier, c’était eux ».

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