Dossier – Mon prof le tueur Reborn! – Arc 1 à 3

Style

Le style employé par Akira Amano dans la série est très singulier. Il est un savant mélange de divers genres littéraires, d’audace, de planification et de recherches approfondies.

Je vais mentionner plusieurs personnages de la série que vous pouvez découvrir dans la section traitant des personnages.

Genres et sous-genres

Théâtre comique

Le premier arc de la série se constitue de cibles toutes plus ou moins indépendantes. Chacune de ces cibles raconte une histoire, une tranche de la vie quotidienne de Tsuna. Largement inspiré du théâtre comique et même de la farce, ce genre met en scène la vie quotidienne d’un personnage moyen afin de faire rire le public que ce soit par ses actions ou de l’humour parfois singulier, voire insultant. Souvent, les tempéraments de ces personnages sont accentués, donc caricaturés. Parmi les personnages de la série qui ont un tempérament fort, nous retrouvons Ryohei Sasagawa qui fait tout à l’extrême ou bien Dino qui est soit excellent, soit nul s’il n’a pas au moins un de ses hommes avec lui.

Il est à noter que les Japonais raffolent de ce type se série comique, légère, rocambolesque et sans queue ni tête. Cet aspect a fait de Reborn! un succès instantané au Pays du Soleil levant, alors qu’en Europe ou au Canada ce style est moins apprécié. En Europe, D. Gray-man est plus populaire que Reborn!, mais au Japon, ils ont une popularité équivalente.

Fantastique

Un autre personnage au tempérament tranché est Yamamoto Takeshi. S’il ne peut jouer ou s’améliorer au baseball, alors il n’est pas motivé. D’ailleurs, Tsuna le sauvera dans le premier tome. Yamamoto représente, à lui seul, le fantastique. Le fantastique se caractérise par l’intrusion du surnaturel dans un récit réaliste. L’hésitation, le refus ou le rejet de l’élément surnaturel, du début à la fin de l’histoire, par le personnage, distingue ce genre. Pendant quelques tomes, Yamamoto trouve des alternatives logiques aux éléments surnaturels.

Clarifions quelque chose… J’entends souvent des personnes dire « je lis du fantastique » et quand je leur demande ce qu’elles lisent, elles me répondent à 99 % des titres où un héros évolue dans un monde régi par d’autres lois qui ne surprennent pas le héros. Par d’autres lois, il faut entendre, surnaturel, fées, dragon, magie, pouvoir mystérieux, etc. Ce genre littéraire, c’est le merveilleux. L’erreur vient du terme anglais fantasy que l’on traduit à tort par fantastique.

En rencontrant Reborn, Yamamoto conclut que c’est un enfant et qu’il veut jouer au gendarme et au voleur alors que Reborn énonce clairement : « Je suis Reborn, tueur de la mafia, au service de la famille Vongola […] Et je voudrais te faire entrer dans le Clan Vongola ». Plus tard, Yamamoto doit éviter des couteaux, des bombes, des balles et même des missiles. Sa réaction est toujours celle du rejet de ces événements. Il répond même : « […] Ils sont drôlement réalistes les jouets de maintenant » (t.2 chap 8) Le style fantastique persistera pendant quelques tomes avant que Yamamoto bascule dans le merveilleux.

Merveilleux

Le merveilleux est un sous-genre littéraire employé dans cette œuvre. Il fait son apparition avec Hayato Gokudera. Gokudera qui arrive dans l’histoire dès la troisième cible et il est clairement à l’aise avec l’univers mafieux présenté. Au fil des chapitres, nous apprendrons qu’il est le fils d’une famille mafieuse rattachée aux Vongola. Pour lui, tout ce qui se passe de surnaturel est normal, car cela correspond aux lois qui régissent son monde. Rapidement, tous les personnages introduits respectent les critères du merveilleux.

Pour ceux qui ne vivent pas, dès le début, dans le merveilleux, je pense à Tsuna, Ryohei et Yamamoto, un revirement de situation dans le tome 7 les y fait basculer. C’est également à ce moment que l’histoire prend une tournure différente. Le comique se dilue et il laisse la place à de vrais enjeux et à des intrigues plus rudes et décisives. C’est également à partir de ce moment que les personnages deviennent évolutifs et que Tsuna prend de la maturité.

Tsunayoshi Sawada est un drôle de mélange de genre et sous-genre littéraires. Il incarne à la fois le théâtre comique, le fantastique, le merveilleux, le récit de vie, l’absurde (littéraire et philosophique), le drame romantique et le récit initiatique. Comme j’ai déjà expliqué le théâtre comique, le merveilleux et le fantastique, je vais passer aux suivants.

Récit de vie

Chacun des chapitres, du début de la série, est présenté comme un récit de vie du quotidien de Tsuna où nous voyons un moment anecdotique ou capital. Au travers de ces tranches de vie, Akira Amano utilise les caractéristiques de l’absurde.

Théâtre de l’absurde

L’absurde littéraire se caractérise par le désarroi d’un personnage confronté à un monde et à une existence qu’il ne saisit plus. C’est exactement ce qui se passe avec l’arrivée de Reborn dans la vie de Tsuna. Tsuna est alors réticent à entrer (fantastique) dans ce nouveau monde qu’il ne comprend plus (absurde) ou diverses aventures comiques s’imposent dans sa vie (théâtre comique).

L’absurde philosophique

Ce bel ensemble de genres et sous-genres (récit de vie, fantastique, merveilleux, comique et absurde) se mélange également à l’absurde de la philosophie. L’univers dans lequel Tsuna évolue lui est rendu hostile (étranger). Le caractère irrationnel de ce nouveau monde porte en lui une seule conclusion possible, il ne peut échapper au destin et à la mort. C’est au moment de la mort du personnage, Tsuna, que l’absurdité de la situation se révèle et résonne avec son désir profond de comprendre, de revenir à un monde qu’il saisit. Par le désir de comprendre, Tsuna scelle l’univers absurde. Bref, Tsuna ne comprend plus son monde et ce qui y arrive, mais lorsqu’il meurt d’une balle de dernière volonté (voir le personnage de Reborn), Tsuna n’a qu’un seul désir, rétablir l’ordre afin de revenir dans un monde qu’il comprend.

Théâtre du drame romantique

Les différents types de drame (bourgeois, mélodrame, romantique) présentent une caractéristique commune à l’absurde philosophique, le personnage ne peut échapper au destin et à la mort. Cependant, il peut essayer de changer son destin. Ce sous-genre théâtral présente une variété d’intrigues, de thèmes et de lieux. Le héros agit généralement sous l’effet de la passion et la trame de l’intrigue se divise en trois parties, une exposition, un nœud et une catastrophe.

Ainsi durant l’une tranche de vie de Tsuna, la vie semble se dérouler normalement, puis un événement vient en agent perturbateur et afin d’éviter la catastrophe, Tsuna meurt d’une balle de dernière volonté. Grâce à cette balle, Tsuna ressuscite et la passion qui l’anime, change son destin et fait évoluer psychologiquement le personnage. 

Récit initiatique

Tout comme dans le théâtre du drame romantique, le récit initiatique vise à faire évoluer le personnage. De plus, ce type de récit accompagne le héros (Tsuna) dans la découverte du monde qui l’entoure (parce qu’il ne le comprend pas ou plus) et dans la découverte de lui-même. Le héros est souvent accompagné par un passeur (Reborn, Merlin, Gandalf) qui guide le héros. Les découvertes qu’il fait se déroulent le plus souvent au travers d’épreuves, d’obstacles (quotidien de Tsuna, Arc Varia, etc.) et de combats qui seront souvent souffrants. Peu importe le défi ou l’obstacle, le personnage en ressort grandit.

Nekketsu

En plus de tous ces genres et sous-genres littéraires, Reborn! entre dans la catégorie des mangas nekketsu, comme Dragon Ball, Naruto et bien d’autres. Un nekketsu veut littéralement dire : sang bouillant. Ce type de canevas comporte plusieurs caractéristiques récurrentes. Je les ai séparées en deux catégories, celles présentes dans Reborn! et celles absentes de Reborn!.

PrésentesAbsentes
-Le héros est un jeune garçon;
-Il veut réaliser son rêve, quels que soient les obstacles (uniquement avec une balle de dernière volonté);
-Il est souvent naïf et innocent (disons qu’être naze rentre dans cette catégorie);
-Il a des capacités ou des pouvoirs hors normes (uniquement avec une balle de dernière volonté);
-Il lutte contre le mal en compagnie de ses amis;
-Lorsqu’il est sur le point de mourir ou de perdre, il se relève plus fort que jamais (il meurt des balles de dernière volonté et il se relève);
-Principales valeurs véhiculées : amitié et volonté de vaincre
-Le héros est souvent orphelin ou vivant loin de ses parents
-Il a des capacités ou des pouvoirs hors normes (généralement Tsuna n’en a pas);
-Principale valeur véhiculée : justice






Les combats récurrents, l’enchaînement désordonné de ces neuf genres où l’ambiance peut passer d’un extrême à l’autre, ainsi que le caractère répétitif des intrigues du premier arc plombe un peu la popularité de ce manga dans la culture occidentale.

Ce caractère répétitif est-il nécessaire?

La façon dont Akira Amano a monté son histoire est classique avant de devenir audacieuse. Le schéma narratif de l’histoire commence de manière habituelle. Une situation initiale qui présente le héros (Tsuna), un élément déclencheur (généralement Reborn), des péripéties et un dénouement. Ainsi en va-t-il des sept premiers tomes portant sur la vie quotidienne de Tsuna.

À un moment, le lecteur se demande : « le caractère répétitif est-il nécessaire? ». La bonne réponse est oui et non. Non, il n’aurait pas été nécessaire de passer sept tomes à enchaîner les situations loufoques, mais dans ce cas, il n’aurait pas fait penser au genre théâtral de la farce qui est très prisé des Japonais.

Bien que rapidement lassant et fatigant, le caractère répétitif employé par l’auteure est nécessaire pour construire son histoire et cela rend totalement logiques tous les événements sans queue ni tête vécus par Tsuna. Je vous explique pourquoi dans un instant.

Planification de l’histoire

Le caractère semblable des nombreuses péripéties de Tsunayoshi Sawada permet d’introduire plus de 40 nouveaux personnages en un peu plus de 90 cibles tout en conservant un fil conducteur entre elles. 

C’est environ un personnage par deux chapitres! C’est énorme! Aucun auteur de romans ne se permettrait une chose pareille, mais l’emploi de la bande dessinée change tout.

Puis, l’introduction fréquente de ces nouveaux personnages permet d’ajouter à l’histoire des éléments qui seront nécessaires à la poursuite de la série. Souvent farfelus, parfois inusités ou parfois sans intérêt, ces éléments s’inscrivent profondément dans la planification de la série. Je pense, entre autres, à l’introduction de Lambo et du Bazooka de 10 ans, à la visite au zoo, à Shoichi, aux Arcobalenos et aux Vindicares.

Sans vous en dévoiler trop, Lambo et le Bazooka de 10 ans trouvent leurs réponses lors du combat contre Leviathan et au début de l’arc du futur (tome 16). La visite au zoo, les Arcobalenos et Shoichi se révèlent de première importance dans l’arc du futur. Les Arcobalenos auront quant à eux la place centrale dans le dernier arc, la malédiction de l’arc-en-ciel.

Toutes les péripéties de Tsuna et l’introduction des nombreux personnages sont essentielles au bon déroulement de l’histoire qui nous est contée.

Recherche

Pour l’écriture de sa série, Akira Amano s’est documentée sur de nombreux sujets, dont la mafia. Comme je le mentionnais dans les thématiques, celui de la mafia a été étudié afin de rendre l’histoire plus réaliste et plus crédible.

C’est notamment le cas de l’origine et de la filiation présente dans la famille Vongola, de l’origine de la famille mafieuse protectrice comme dans la pièce de Gioacchino Funciazza ou bien encore des valeurs prônées par Vongola Primo et Tsuna qui sont similaires à celles du parrain Joe Bonanno.

Bien que je n’aie pas tout lu à nouveau, je me souviens que tout au long de la série Akira Amano réfère à de nombreuses armes et à de nombreuses techniques de combat. Chaque protagoniste aura son propre style et son arme personnelle. Je pense notamment au Shigure soen ryu de Yamamoto, aux tonfas d’Hibari ou bien encore aux divers équipements de Lambo.

Plusieurs de ces protagonistes développeront, au cours de la série, des techniques qui portent des noms italiens au lieu de noms japonais. Il me vient à l’esprit les techniques de Lambo (Electtrico cuoio, Electrico Cornata, etc) ou bien les diverses formes d’équipement que les gardiens auront dans l’arc 4.

En plus des références aux noms de techniques italiennes, plusieurs personnages ont un nom en lien avec la langue italienne : Oregano, Basil, Turmeric, Romario, Gola mosca, Vongola, etc.